Le ministère de la Culture, de la Jeunesse à la tête d’une campagne ratée contre le cyberharcèlement

cyberharcèlement, une campagne ratée

Le marketing social a longtemps été le canal privilégié des missionnaires cherchant à changer le monde. Du “Don de sang” à la “protection de l’environnement”, les marqueteurs sociaux ont été à l’origine de nombreuses campagnes, visant le changement comportemental de leurs cibles respectives, avec plus ou moins de succès. Dans cet esprit, le ministère marocain de la Culture, de la Jeunesse et des Sports a récemment orienté ses efforts marketing vers la lutte contre le cyberharcèlement; un phénomène qui tourmente la sphère digitale marocaine depuis un beau moment. Malgré ses nobles intentions, la campagne s’est confrontée à un déchaînement de réactions de fureur et de déception, à juste titre, et principalement pour deux raisons.

 

Primo, cette campagne de marketing social dépeint le cyberharcèlement comme un problème exclusivement féminin. Effectivement, l’image de la femme pleurante et des avances sexuelles purement masculines excluent fermement les nombreuses victimes du sexe opposé, et aggravent, par voie de conséquence, leur peine à briser le tabou et dénoncer leurs agresseurs. Ce qui explique, en partie, l’indignation d’un segment social de plus en plus “woke” et de plus en plus féministe.

 

Secundo, la grande stratégie du ministère marocain de la Culture, de la Jeunesse et des Sports pour combattre le cyberharcèlement semble concentrée sur le changement du comportement de la proie au lieu de châtier celui du prédateur. En fait, le texte l’accompagnant – qui peut être traduit comme suit : “ Pour ne pas être harcelé en ligne, évitez de partager vos photos personnelles, vos numéros de téléphone et vos informations personnelles avec quiconque”- a complètement enragé les internautes pour son engagement flagrant dans la culpabilisation des victimes.

 

 

En réponse au tollé soulevé suite à leur campagne désastreuse, le ministère a dû publier un follow-up pour remédier aux sérieuses défaillances de sa campagne initiale contre le cyberharcèlement, notamment en mettant en avant un message inclusif des deux sexes, qui conforte tout harcelé et son encourage à confronter et dénoncer tout harceleur effectif ou potentiel. L’introduction d’un numéro vert dédié à recueillir leurs plaintes sera la bienvenue. Le ministère se montrera, ainsi, désireux et capable d’apprendre de ses erreurs communicationnelles.

publication campagne cyberharcèlement

Il est important de noter que le marketing social n’arrive pas toujours à produire l’effet escompté, à cause des aberrations communicationnelles qui varient entre mineures et sinistres. Bien évidemment, les fautes commises lors de la campagne du ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports contre le cyberharcèlement relève de cette dernière catégorie. Le pire c’est qu’elle est emblématique d’une culture généralement antipathique qui blâme souvent les victimes pour des actes d’harcèlement voire même de violence.

 

Ihssane Charki
Contributrice

Ihssane est une jeune marketing enthousiaste dévouée au traitement de sujets d'ordre digital et mercatique avec un style soutenu, une approche créative et un œil critique